« Il est de quel signe ? » me demande ma thérapeute.

Je me mets à rire. Si cette question n’est pas la preuve que l’astrologie est passée dans les mœurs , alors j’ignore ce que c’est.

« Taureau » Lui dis-je.

« Ah, ça explique pourquoi vous vous rentrez dans le lard » dit-elle.

Si vous vous êtes foulé(e)s les yeux en les roulant, croyez-moi, vous n’êtes pas le(la) seul(e). Quand on leur demande ce qu’ils pensent des signes astrologiques, les gens appartiennent généralement à l’un des deux camps suivants : « oh, j’y crois totalement » ou « c’est du n’importe quoi ». ”

Je comprends les gens qui pensent que l’astrologie, c’est du n’importe quoi. Je suis une femme qui respecte la science, la raison et les preuves scientifiques. Je comprends donc la tendance à juger l’astrologie comme étant ridicule. Mais celle-ci est pratiquée depuis des milliers d’années et je comprends aussi le respect de ceux, nombreux, dont l’avis coexiste avec cette notion ridicule.

Afin de mieux comprendre l’astrologie et la signification historique du zodiaque, je suis allée à la rencontre de Susan Miller, qui écrit des horoscopes mensuels gratuits pour des millions de lecteurs sur son site Web AstrologyZone.com, et qui a également créé une application utilisée par un petit demi-million de personnes. Miller était l’une des toutes premières astrologues sur Internet et a écrit certains des premiers horoscopes numériques.

Elle lit dans les étoiles depuis son adolescence. « J’ai dû étudier des années avant d’être prête à écrire la moindre chronique. Mon professeur, ma mère, me disait : « Tu dois étudier 12 ans, ou tu ne vaudras rien du tout. » Bien sûr, quand on connait la complexité de l’astrologie, elle avait raison. »

Nous nous retrouvons au Four Seasons Los Angeles à Beverly Hills, où elle accueille des personnes en tant qu’astrologue officielle en résidence à l’hôtel, afin de déchiffrer leur carte du ciel en profondeur.

Pour les non-initiés, l’astrologie est née il y a environ 2 500 ans à Babylone, une région de la Mésopotamie. « La longue vie de l’astrologie témoigne sans aucun doute de sa capacité à décrire correctement les qualités et la personnalité de chacun des signes », explique Miller.

Être en compagnie de Susan, c’est comme être avec une rock star. Nous sommes constamment interrompues. Les gens la reconnaissent, l’approchent et la supplient pratiquement de leur faire une place dans son emploi du temps déjà chargé (le jour où je l’ai vue, elle avait déjà fait six heures de consultation). À un moment donné, un vieil ami à elle, un médium, nous rejoint. Pendant notre court rendez-vous, plusieurs assistants de célébrités appellent Miller pour savoir si elle peut caser leurs célèbres patrons dans son agenda.

Il est évident que les gens ont soif de son savoir. Les analyses du site de Miller montrent qu’au cours de la dernière année, plus de 75 % de son audience de plus de 10 millions de personnes était constituée de nouveaux visiteurs et que les « lecteurs passent de plus en plus de temps sur les pages ». Selon un rapport de la National Science Foundation, datant de 2014, de plus en plus d’Américains considèrent l’astrologie comme une science depuis 1983. Mais vous n’avez pas besoin d’études, ni d’analyses pour observer la tendance, si vous passez du temps en ligne. L’astrologie y est omniprésente et incontournable : on la retrouve dans des mèmes, des comptes Instagram, des horoscopes et des profils de rencontres. Je demande à Miller pourquoi elle pense que les gens sont si intéressés par l’horoscope de leur partenaire potentiel.

« Normalement, il vous faudrait six rendez-vous pour savoir ce que vous apprenez sur quelqu’un sur Internet en quelques minutes. L’astrologie fournit une partie de ce dossier d’information. »

« Faire des rencontres est effrayant. Nous nous sentons exposé(e)s lorsque nous abordons quelqu’un de nouveau et nous voulons faire bonne impression. Dans le même temps, nous voulons découvrir la personne que nous venons de rencontrer », explique Miller. « Il est naturel de vouloir créer un lien fort. Certaines femmes et certains hommes pensent que s’ils ont plus d’informations sur la personne, ils pourront consolider la relation dès le début. »

Vivant à l’ère de l’information, il n’est pas surprenant que les gens veuillent en savoir le plus possible sur quelqu’un avant même de le ou la rencontrer. « Normalement, il vous faudrait six rendez-vous pour découvrir ce que vous apprenez sur une personne sur Interneten quelques minutes », déclare Miller. « L’astrologie fournit une partie de ce dossier d’information, pour ainsi dire. »

On a beaucoup parlé de la renaissance moderne de l’obsession du zodiaque. Depuis les années 1960 et 1970, les gens n’avaient pas autant soif des connaissances des anciens. On a collé sur le dos de cette renaissance toutes les origines possibles : de l’émergence d’Internet, au désespoir des Millennials en passant par la fin de la foi.

J’ajouterais que nous sommes tous des enfants de la génération de la thérapie et que, grâce aux réseaux sociaux, nous nous regardons le nombril, nous sommes obsédés par nous-mêmes. L’astrologie est un moyen facile pour les gens de parler d’eux-mêmes sans vraiment parler d’eux-mêmes.

La partie cynique en moi voit également l’étude de quelqu’un d’après son signe solaire comme un retour brutal à nos racines tribales. Il semble que les humains recherchent toujours des moyens faciles de catégoriser les personnes et des moyens encore plus faciles d’excuser leur exclusion.

J’étais curieuse de savoir combien de personnes utilisent sérieusement l’astrologie pour faire le tri dans leurs matchs potentiels. J’ai donc demandé à un panel d’amis et d’étrangers sur Internet de me donner leur point de vue à ce sujet. J’ai eu confirmation que les gens utilisent vraiment l’astrologie pour confirmer leurs choix de rencontres. Luna m’a dit : « Si je vais à un premier rendez-vous et que je lui demande son signe astrologique, ça me permet de calculer son niveau de folie. Par exemple, s’il me dit qu’il est Scorpion, je fuis sans me retourner. »

Je lui demande si elle a déjà rejeté une personne avant de la rencontrer à cause de son signe astrologique. « Oui, parce que je sais que ça ne marchera probablement pas », répond-elle.

Peut-être qu’une partie de la popularité croissante de l’astrologie est due au fait que nous vivons dans un monde de plus en plus fluide en ce qui concerne le genre et la sexualité, et que les religions modernes ne sont pas assez vastes pour englober les changements radicaux qui se produisent dans les croyances sociales .

« L’astrologie est une foi sans genre, immunisée contre le patriarcat », explique Stephanie, 25 ans et astrologue en herbe. « Je pense qu’elle plaît davantage aux personnes attirées par les pratiques holistiques, à cause de son inclusivité. Pour la communauté LGBT, c’est comme se sentir membre d’une communauté ou d’une religion dans laquelle Dieu ne les déteste pas. »

Stephanie mentionne sa passion pour une autre rock star à la mode dans le monde de l’astrologie, Chani Nicholas, qui a acquis une énorme popularité grâce à son usage du zodiaque comme outil pour encourager la justice sociale et l’activisme.

Quand je demande à Susan Miller si elle pense que l’astrologie comble un besoin dans la vie des gens, dans une société de plus en plus agnostique, on dirait que je viens de la poignarder en plein cœur.

« Oh non, ma chérie. » Elle me regarde avec la compassion d’une infirmière devant un patient malade. « Vous ne le croyez pas vraiment, si ? »

Certains aspects de l’astrologie qu’elle décrit me font toutefois penser à la religion. « Chaque religion enseigne que nous devons assumer la responsabilité de nos actes et que nous devons vivre avec éthique. Les astrologues enseignent la même vérité », dit Miller. « Vous ne pouvez pas accuser un aspect planétaire de vos erreurs ou de votre mauvais comportement. Nous avons le libre arbitre et la nécessité d’assumer l’entière responsabilité de nos actions. »

Mais elle explique qu’au fond, l’astrologie est plus grande que la religion et qu’il est écrit dans les étoiles si nous sommes destinés à être un croyant ou non. « Vous pouvez voir votre foi (ou son absence) dans une carte du ciel de naissance. L’astrologie a toujours été une question d’individualisation et de découverte de soi. »

Et comment je me situe au milieu de tout ça ?

Et bien, étant une yogi hippie complètement endoctrinée par l’école « Wu » (pseudo-science New Age) de la côte ouest, je suis une croyante. Et j’ai toujours été croyante. Peut-être que c’est parce que je suis Scorpion, je ne sais pas. Il me semble arrogant de supposer que la position des planètes dans le cosmos à ma naissance (un système si grand et si vaste que mon pitoyable cerveau ne peut même pas se le représenter) n’affecte en rien ma petite personne humaine.

En élève Wu accomplie, je choisis de céder face au mystère de la vie. Si vous ne pouvez pas me prouver que c’est sans aucun doute faux, je préfère croire que c’est vrai. C’est aussi comme ça que je vois les choses à propos de la réincarnation, des fantômes, des extraterrestres, des pouvoirs psychiques et d’autres sciences marginales. C’est plus intéressant de croire que c’est réel que de penser que ce n’est pas le cas. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Je travaille dans le domaine de l’écriture et ces questions constituent la base d’histoires fascinantes.

Ce que j’aime dans l’astrologie, c’est que ce n’est pas une science et que ce n’est pas non plus une religion (même si les gens la traitent comme telle). Elle existe dans la zone grise où la condition humaine se heurte au mystère de la raison pour laquelle nous sommes ici .

Trouver un équilibre entre la terreur d’être humain et le miracle d’être humain est la raison pour laquelle les gens se tournent vers le ciel depuis des milliers d’années. Il est logique que nous fassions confiance à quelque chose d’aussi parfait que le cosmos pour expliquer le chaos tragique de la vie. Et qu’en ce qui concerne les mystères du cœur humain, nous nous tournions alors vers les étoiles.