La vie amoureuse d’une femme queer présente des difficultés bien particulières. Lorsque j’ai indiqué sur mon profil que j’étais queer tout en matchant des hommes, on m’a bombardé de questions sur la signification du terme « queer », lancé des accusations peu flatteuses, voire expliqué ne RIEN comprendre à ma situation. Les hommes me demandaient ce que signifiait ce terme, supposaient à tort savoir exactement ce qu’il signifiait ou se trompaient complètement sur mon identité. Rapidement, je me suis retrouvée victime d’un rituel très énervant pour moi, femme queer diplômée en études de genre et du monde queer, où je devais constamment éduquer les autres utilisateurs.

Bien qu’en 2019, mes amis et moi pensions que le queer était une notion largement acceptée et comprise, j’ai vite réalisé en creusant un peu plus que de nombreuses personnes sont encore mal à l’aise face à ce concept ou ne le comprennent pas. 55 % des personnes s’identifiant comme queers contre 28 % des hétérosexuels affirmant être susceptibles d’utiliser une appli de rencontres, j’estime qu’il est particulièrement important de se renseigner sur le sujet. Connaître la signification du terme « queer » et savoir comment les personnes utilisent ce concept et s’y identifient est tout simplement vital.

Commençons par le début : qu’est-ce qu’être queer ?

Comme être homosexuel ou hétérosexuel, être queer n’est pas un choix. C’est une forme d’identification sexuelle et de genre, voire pour certains une vision sociale et politique. Bien que le terme soit représenté dans l’acronyme LGBTQ (lesbienne, gay, bisexuel, transgenre et queer), il est parfois mal compris, même au sein de ces communautés.

Au début du 19e siècle, le terme « queer » était synonyme de « bizarre » et a fini par désigner négativement les personnes ayant des relations homosexuelles. Des années 20 aux années 60, les stéréotypes négatifs ont continué à entourer ce terme et les relations homosexuelles. Ils étaient alors encore méprisés et critiqués à la fois socialement et culturellement. Mais au cours des années 60 et 70, suite aux mouvements des droits civiques et d’émancipation des femmes, qui incluaient des LGBTQ, de nombreuses personnes ont commencé à se retrouver autour de ce terme. Durant les années 80, la communauté LGBTQ a repris possession du terme pour l’inscrire dans la réalité de la crise du SIDA et dénoncer les nombreuses idées reçues l’entourant. Mais c’est dans les années 90 que le queer a commencé à gagner en notoriété académique, notamment grâce aux travaux de l’intellectuelle Eve Sedgwick. Avec d’autres, elle a encouragé le public à envisager la sexualité comme un spectre et à abandonner l’idée de binarité de genre (homme/femme). Elle a ainsi expliqué que la sexualité est une notion plus fluide et nuancée, qui constitue un véritable moyen d’identification et d’expression. Au début des années 2000, ces concepts ont rejoint les idées des politiques sexuelles et identitaires non normatives plus inclusives. Aujourd’hui, de nombreuses personnes considèrent le terme « queer » comme une manière importante d’expliquer à leurs partenaires potentiels leur point de vue et la manière dont elles s’identifient.

Pour Zara, 34 ans, le queer englobe « toutes les personnes qui ne se sentent pas représentées par les normes de genre et d’orientation sexuelle d’Amérique. Le queer est à la fois synonyme de solidarité et de communauté. »

Voyez la sexualité comme un spectre

La sexualité et l’identité de genre s’étendent sur tout un spectre, c’est indéniable. Eve Sedgwick explique dans « Epistemology of the Closet » que le concept de binarité est une vision limitée du fonctionnement de ces concepts dans le monde, mais également une idée très simpliste de la sexualité humaine. N’oubliez pas : le sexe, le genre et la sexualité sont des notions bien différentes. Il est important d’accepter pleinement la façon dont les autres choisissent de s’identifier et de respecter les étiquettes et termes que chacun utilise. C’est important, prêtez-y attention !

Voici quelques identités de genre parmi les plus courantes :

  1. Cisgenre : identification à votre genre de naissance
  2. Queer : identités de genre n’entrant pas dans le modèle binaire (homme/femme)
  3. Transgenre : identité personnelle ne correspondant pas au sexe de naissance
  4. Non binaire : identité présentant des caractéristiques ne correspondant pas à un genre et identification à plusieurs genres

Quant à l’identification sexuelle, les catégories sont encore plus nombreuses :

  1. Gay : attirance romantique et sexuelle pour les personnes s’identifiant avec le même genre que vous
  2. Bisexuel : attirance pour les personnes s’identifiant en tant qu’hommes et que femmes
  3. Queer : terme général utilisé pour exprimer l’identité sexuelle et parfois l’identité de genre
  4. Pansexuel : attirance émotionnelle pour différents genres
  5. Asexuel : catégorie incluant notamment (mais pas seulement) les personnes présentant une attirance sexuelle ou un intérêt pour le sexe faible ou inexistant
  6. Demisexuel : personne devant établir un lien émotionnel profond pour pouvoir ressentir une attirance sexuelle

Soyez prêt à gérer les politiques identitaires

Les politiques identitaires, à savoir la façon dont des idées et intérêts spécifiques se forment dans un groupe particulier, font partie intégrante de l’expérience queer et de la communauté LGBTQ. Elles incluent également la façon dont les convictions politiques des personnes sont orientées par leur propre identité et les communautés auxquelles elles appartiennent. Il est important que les femmes queers puissent en discuter avec les hommes hétérosexuels qui deviennent leurs partenaires (ou partenaires potentiels).

« Le fait que je sois queer joue un grand rôle dans ma vie. Même si j’étais en couple avec un homme, j’assisterais toujours à des événements queers, consulterais un tas de médias queers et aurais toujours un cercle d’amis majoritairement queers », explique Hannah, 22 ans. « J’ai peur que cela pose problème aux hommes avec lesquels je pourrais sortir. »

Ignorer cet état de fait est une facette de ce problème. En ne reconnaissant pas l’identité d’une personne, vous pouvez lui donner l’impression d’être invisible et de ne pas avoir d’importance. Respectez les raisons, opinions et convictions politiques des personnes, quelles qu’elles soient.

Montrez clairement vos attentes, mais faites preuve de flexibilité

Si vous n’êtes encore jamais sorti avec des femmes s’identifiant comme queers, faites preuve de franchise et n’hésitez pas à poser des questions. Les membres de la communauté queer s’efforcent de se montrer clairs et il n’est que justice que les deux parties adoptent cette stratégie.

« Lorsque je rencontre quelqu’un, j’explique clairement qui je suis, ce que la communauté queer représente pour moi et ce que j’attends de mon partenaire potentiel, indépendamment de son identité sexuelle », affirme Émilie, 27 ans.

Quelle que soit l’identité de la personne, elle ne doit pas avoir l’impression de devoir faire des compromis quant à ses attentes en matière de relations. Pour que cela soit possible, vous devez apprendre à connaître votre partenaire et atteindre un certain niveau de confort avec lui ou avec elle, mais devez aussi être capable de lui dire ce dont vous avez besoin. Faites preuve de franchise au sujet de vos sentiments, posez des questions et continuez à travailler pour atteindre une compréhension mutuelle.

Ne soyez pas obsédé par les queers

Certains hommes soutiennent la communauté queer, mais d’autres considèrent les femmes queers comme des salopes, se trompent sur leur identité, bâtissent des hypothèses erronées ou pire encore, fantasment sur ce qu’elles sont.

« Très souvent, les hommes [hétérosexuels] qui s’intéressent à moi me voient comme un fantasme », explique Katie, 29 ans. « Je reçois des demandes de plans délirants et on me demande aussi souvent d’être une « licorne », à savoir une fille qui couche ou sort avec des couples. J’ai aussi rencontré des hommes hétérosexuels qui n’ont presque aucun point commun avec moi et s’intéressent pourtant à moi sans que je sache vraiment pourquoi. »

Les femmes queers ont souvent l’impression d’être l’objet d’un certain fétichisme lié à leur identité et leurs intérêts romantiques. Cela peut être très énervant, et c’est exactement l’inverse qu’elles attendent. L’attirance est tout aussi importante pour les queers que pour les autres. Réduire une personne à un acte sexuel ou un stéréotype peut être extrêmement blessant. Faites preuve d’ouverture d’esprit. Ce n’est pas parce qu’une personne ne s’identifie pas comme hétérosexuelle qu’elle s’intéresse à vos envies d’expérimentation. Soyez respectueux, communiquez et montrez-vous compréhensif.

Écoutez, communiquez et soyez un allié

Vous devez être capable d’écouter votre partenaire à chaque étape de votre relation. Au début d’une nouvelle relation, il s’agit d’un point particulièrement important. Pour nouer un lien durable, vous devez apprendre à connaître la personne, sa réaction à diverses situations et problématiques et son approche de la vie. Pour gérer l’aspect queer de votre partenaire, faites l’effort de laisser grand ouverts tous les canaux de communication.

« Notre expérience du monde est différente de la vôtre », explique Liz, 35 ans. « Écoutez, soyez à l’aise avec votre sexualité et sûr de vous. Être queer ne signifie pas que vous avez plus de raisons d’être jaloux. »

Les membres de la communauté LGBTQ ont besoin d’alliés. Nous avons besoin de personnes de notre côté, en particulier de nos proches. Si une personne vous invite à la connaître, faites un effort et prenez le temps de la découvrir avant de décider si elle vous convient ou non.