Quand j’ai rendu visite à ma sœur Lisa à Los Angeles l’été dernier, je ne me doutais pas que ma vie allait changer pour toujours. Et Tinder y était pour quelque chose.

Pendant que j’étais à LA, j’ai décidé d’aller faire un tour sur l’app. Enfin, je l’avais déjà sur mon téléphone et, comme chacun sait, il y a pas mal d’hommes et de femmes très séduisants par ici. J’ai rencontré ce mec, Jerry, via l’app, et nous nous sommes vu deux fois au cours de mon séjour. Nous avons échangé nos numéros.

À ma grande surprise, nous sommes restés en contact. Souvent. En fait, nous sommes presque tombés amoureux l’un de l’autre, chacun ayant une image un peu fantasmée de l’autre. Nous sortions tous les deux de relations décevantes. Nous nous parlions pendant des heures au téléphone, discutions de tout, notre enfance, nos loisirs, nos ex ou encore nos convictions politiques à gauche. On a même regardé un film « ensemble, » en mettant sur pause lorsque l’un de nous allait aux toilettes et en s’envoyant des SMS pendant qu’on le regardait.

J’étais certaine d’une chose : je devais quitter l’Ohio et j’avais ça en tête depuis un certain temps. Je cherchais désespérément un changement et une chance réaliste de poursuivre une carrière créative. Quel meilleur endroit que LA où il est presque impossible d’échapper au monde du cinéma/de la musique/de la mode ? J’ai dit à Jerry que LA me tentait bien mais que j’étais nerveuse. Jerry a interprété cette nervosité comme le fait que je n’avais pas réellement l’intention de déménager alors il m’a donné un coup de pouce — sous la forme d’un billet d’avion.

Il m’a assuré que je pourrais rester chez lui et que ce serait plus simple ainsi pour postuler à des jobs ; qu’il pourrait m’aider dans mes démarches. Il m’a poussé vers quelque chose que je savais déjà vouloir. Avec ses encouragements, ma sœur qui m’attendait et une chance de pouvoir faire des choses plus créatives que dans ma ville natale, j’ai fait mes valises, apparemment sur un coup de tête. J’ai envoyé un SMS à mon dream boy digital et le lendemain, j’étais sur le point d’emménager avec lui.

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Quand je suis descendue de l’avion et que je suis arrivée chez lui, je suis tombée des nues : son appart m’a fait l’effet d’une grotte malodorante, sale, sans clim avec des vêtements éparpillés. Les quelques jours qui ont suivi, son grand chien a déchiré plusieurs de mes sous-vêtements, mes jeans préférés et le coussin que je mets pour le cou dans l’avion. Il y en avait partout. Tout comme les bouteilles de bière. Jerry aimait boire, je ne le savais pas et je n’aimais pas trop ça.

Je pensais que nous avions beaucoup de choses en commun avec nos idéologies très à gauche. En fait, il était un vrai socialiste, un de ces fils spirituels de Bernie avec de petites tendances sexistes, sans même s’en rendre compte, car l’idéologie socialiste passait avant le féminisme. Quand il m’a demandé de plier son linge, je lui ai dit, « Je ne suis pas ta mère. » Quand il a dit qu’il me PAIERAIT pour plier son linge, je lui ai dit, « Hmm… Je ne suis pas ta femme de ménage. »

Rester sur une forme de romantisme lié à la distance semblait excitant au début mais ce n’était pas la meilleure idée. Décider de vivre ensemble après s’être vus deux fois, c’est vouloir aller un peu vite en besogne. Après seulement deux semaines, nous avons compris que nous n’étions pas faits l’un pour l’autre. J’aime avoir mon propre espace. Je suis une minimaliste qui déteste le désordre. Le mode de vie de Jerry n’était pas du tout semblable au mien. Le monde était à moi mais qu’allais-je faire ?

Alors que j’étais un peu effrayée et confuse, ce fut l’étincelle dont j’avais besoin.

Et Tinder, l’app qui m’avait amené à ce carrefour dans ma vie m’a également aidée à passer à l’étape suivante. Lorsque vous êtes nouvelle dans une ville et entre deux relations, une app sociale comme Tinder vous aide vraiment à en savoir plus sur les gens autour de vous, les lieux qui vous entourent et, surtout, sur vous-même. Vraiment, c’est quelque chose d’existentiel, et c’est une app sociale qui réunit tous ces jeunes adultes en proie aux doutes pour amortir le choc de ces transitions difficiles dans la vie.

Par le biais des matchs, j’ai rencontré des gens qui m’ont montré une grande partie de ce que cette ville a à offrir. Ils m’ont fait découvrir des soirées incroyables, des salles de concerts, de vieilles patinoires, des cinémas indépendants, de superbes parcours de randonnée taches et des plages secrètes.

Et que dire de Jerry, qui m’a fait faire plus de 3 000 km à travers le pays ? Avec qui j’ai vécu pendant deux semaines avant de fuir ? Qui n’avait pas fait sa lessive pendant des mois avant que je ne sois là ? Bizarrement, nous sommes restés amis. Nous sommes même en train de travailler ensemble sur un projet. Une des choses que je respecte chez Jerry, c’est son amour des caméras, sa connaissance approfondie du monde du tournage et sa capacité à filmer à peu près n’importe quoi et à obtenir un rendu professionnel.

Nous avons récemment commencé à tourner ensemble une série web indépendante. C’est alors que la boucle a vraiment été bouclée pour moi. Je suis venue à LA sur un caprice, pas sûre de ce qui m’attendait mais j’ai réalisé que j’étais restée en fait pour les bonnes raisons. Tout n’est pas comme je le voudrais mais je suis heureuse d’être ici et de pouvoir rencontrer toutes sortes de personnes créatives qui viennent de partout dans le monde. Même si c’est toujours une bonne idée de vraimentapprendre à connaître quelqu’un, pas seulement en ligne, avant de s’engager à quoi que ce soit, parfois c’est l’imprévu qui vous pousse hors de votre zone de confort.

Cinquante trois pour cent des gens disent qu’ils recherchent à nouer des liens d’amitié, pas à brancher ou même faire des rencontres sur Tinder selon un sondage de 2016. Et même des relations qui ont mal tourné peuvent se transformer en amitiés étonnamment agréables. Je n’en savais rien quand j’ai utilisé l’app l’été dernier, je ne swipais pas à la recherche de l’amour ou quelque chose de fou comme ça—, je swipais pour changer. Et depuis, j’ai pu élargir mes horizons en me connectant avec les gens que je ne pensais jamais rencontrer, dans une ville où je ne pensais pas que j’habiterais un jour.