« J’ai vécu un moment en Chine », me sort sans transition mon rencard de la soirée.

« Ah, c’est super. ».

Il me jette un regard entendu et se lance dans un long monologue au sujet de ses innombrables voyages et ex à l’étranger.

« Qu’on soit clair. Tu n’es pas obsédé par les Asiates, quand même ? »

Il me répond que non, mais qu’il préfère éviter les blondes, car elles lui rappellent trop sa mère et sa sœur. En fait, il n’est pas particulièrement attiré par les blanches, m’explique-t-il avec un grand sourire. Je fais la grimace.

Plusieurs mois plus tard, je rencontre un autre blanc. Celui-ci a vécu en Corée du Sud. Il m’explique qu’il aime bien mes tatouages et me demande ce qu’en pensent mes parents. Il a entendu dire que les parents asiatiques pouvaient se montrer stricts et n’hésitaient pas à dire à leurs enfants qu’ils n’étaient pas d’accord avec leurs choix. Je lui explique que je vis ma propre vie et que ce que pensent mes parents ne le regarde pas.

Et entre des rencards du même type, je me fais régulièrement aborder avec des messages du genre « Tu viens de quel pays ? » et interpeller très finement dans la rue (« Nǐ hǎo ! », « Konnichiwa! » « Tu es perdue, chérie ? »). Partout, des hommes blancs (ou pas) fantasment sur mes origines. Et je ne suis pas la seule, de nombreuses femmes asiatiques sont victimes de ce phénomène.

Une étude réalisée dans 4 villes des États-Unis a montré que les femmes asiatiques et les hommes blancs sont considérés comme les « partenaires les plus désirables » sur les sites de rencontres. Pour autant, il est probable que les hommes blancs ne reçoivent pas des messages du genre « J’ai envie d’essayer mon premier blanco » ou « Je kiffe ton corps de blanc ».

Si un mec m’envoie un message en me disant « Salut, je kiffe trop les Asiates », je le bloque presque immédiatement, ça ne m’intéresse pas. Mais il y a aussi ces fétichistes qui, tout en ayant l’air de ne pas y toucher, rêvent de l’Orient.

Si un mec m’envoie un message en me disant « Salut, je kiffe trop les Asiates », je le bloque presque immédiatement.

Tous les blancs avec lesquels je suis sortie, que des relations sérieuses, n’étaient pas comme ça. Malheureusement, je me suis fait avoir par certains. Ceux-là ont tous réussi à me parler de manière un peu condescendante de la culture chinoise ou asiatique, que ce soit en évoquant leurs voyages, la culture pop, les animés ou des anecdotes venues tout droit des communautés asiatiques dans lesquelles ils aiment à se plonger. Paradoxalement, ils me plaçaient aussi sur un piédestal de par mes simples origines. Ces relations n’ont pas duré et si elles ont commencé, c’est uniquement, car je n’avais pas immédiatement compris que j’étais vue comme un fantasme à assouvir.

Peut-être que ces hommes cherchent une Asiatique qui répond aux stéréotypes et se comporte en soumise silencieuse. Personnellement, je suis plutôt en parfaite opposition avec ce cliché. Je suis sûre de moi et n’hésite pas à me faire entendre, parfois trop. Je sais même être vraiment vicieuse avec les tarés. J’ai grandi dans une ville de l’Ohio en majorité blanche et je n’ai jamais hésité à protester bruyamment contre les mauvais traitements infligés aux personnes de couleur et les politiques rétrogrades. Et je n’ai pas l’intention de changer.

Mais alors, pourquoi tous mes partenaires sont-ils blancs jusqu’ici ? Eh bien, je n’ai eu que 4 relations durables malgré mes 28 ans. Mon premier copain était un camarade d’école, qui était fréquentée par une majorité de blancs. Les deux suivants étaient également des garçons de l’Ohio avec lesquels je partageais des amis communs et un passé. Quant à mon partenaire actuel, je l’ai rencontré en ligne et nous avons immédiatement eu le déclic, grâce à nos intérêts communs. Mon origine ethnique n’en fait pas partie.

Aucun de ces garçons n’était abonné aux Asiatiques. À chaque fois, j’étais leur première. C’est d’ailleurs un point que je vérifie. Si je vois qu’un mec est entouré d’Asiatiques sur les médias sociaux, il y a de grandes chances que le dégoût me pousse à l’éviter.

Je suis également sortie plus ponctuellement avec des hommes de races et d’origines diverses. Je n’ai pas de règles. Du moment que l’attirance est là et qu’ils ne cherchent pas à assouvir un fantasme… Je vis désormais à Los Angeles, une ville connue pour sa diversité. Il serait idiot de se limiter à un type racial particulier.

J’ai mis des années à me détacher de ce racisme intérieur qui, à un moment donné, me poussait à haïr mes origines. J’ai aujourd’hui accepté qui je suis et je ne m’en cache pas. Je parle du passé de mes parents dans la Chine communiste, de l’asile dont mon père a bénéficié aux États-Unis lors des manifestations de la place Tian’anmen et de leurs difficultés en tant qu’immigrants. J’explique comment ces expériences ont fait de moi celle que je suis aujourd’hui et à quel point je souhaite me rapprocher de mes racines.

Une fois que je fais confiance à quelqu’un, je n’hésite pas à partager mes origines et ma vie de femme sino-américaine. Je veux l’aider à comprendre comment ces origines ont façonné chacune de mes facettes, mais aussi qu’elles ne me définissent pas totalement et que je reste une personne à part entière. Les mecs avec lesquels j’ai choisi de nouer des relations durables sont loin d’être parfaits, mais ils ne sont jamais intéressés à moi en raison de mes origines. Ils n’avaient pas d’attentes particulières concernant mon comportement et ne me demandaient pas d’être soumise, car c’est ainsi qu’ils percevaient les Chinoises. J’ai aujourd’hui assez d’expérience pour savoir à quel point je déteste ce type de situation. Si vous fantasmez sur mes origines, je n’ai qu’une seule chose à vous dire : zǒu kāi (allez vous faire voir).