Pour nous permettre de voyager d’une autre manière Tinder a ouvert sa fonctionnalité “Passeport”, normalement payante, à tous ses utilisateurs, jusqu’au 4 mai. Cet outil permet de changer son emplacement pour matcher avec des gens du monde entier. Mais faire une rencontre n’a pas la même signification pour tout le monde. Et voici quelques points à garder en tête pour qui veut tenter le dating international avec un minimum de sensibilité culturelle.  À garder en tête pour votre prochain (tele)date avec vos Matchs, qu’ils vivent à Milan ou à Macao.

“Parlez-vous français” ?

En tant que français, on pratique sans osciller l’autodérision concernant notre niveau d’anglais – souvent catastrophique alors qu’on est sensé le pratiquer depuis le collège. Et les choses ont tendance à se corser lorsqu’il est utilisé en comme troisième langue entre deux personnes qui n’en sont pas natifs. 

C’est le “globish”, m’explique par téléphone ma copine journaliste Alice Pfeiffer, toujours savante dans les termes tendances. Pour Lucie Azema, journaliste française installée à Téhéran, la langue peut devenir une source de quiproquo, notamment culturel. “Je suis persuadée que des histoires ne démarrent pas, car il y a de gros malentendus, des gens qui vont en juger d’autres parce qu’ils ne partagent pas les mêmes codes culturels. Pour moi, il y a plus d’incompréhensions que d’incompatibilités.”

“Tu fais quoi dans la vie ?”

Lors de vacances en Italie avec une copine, on s’étaient étonnées de se faire draguer par des mecs qui mettaient souvent en avant les voitures qu’ils conduisent ou les choses cool auxquelles ils avaient accès. Aujourd’hui encore, on les évoque par leurs surnoms respectifs “Jean-Michel Vatican” (il proposait une visite nocturne privée du musée), Jean-Michel Ferrari et “Jean-Michel jacuzzi“. 

Dans les sociétés traditionnelles et notamment dans les rapports hétéros, j’ai remarqué que les hommes, même s’ils ne sont pas forcément croyants ou conservateurs, ont tendance à mettre en avant leur réussite professionnelle. Sous-entendu, “je peux tenir un foyer”, analyse Lucie Azema. Elle évoque le cas d’une amie dont le compagnon, pourtant ouvert, se faisait un peu mousser à ce sujet. 

“Aux États-Unis, c’est l’inverse” soutient Alice, lesbienne polyglotte.  “Les femmes américaines cherchent à “tracker” la coolness. Elles te félicitent pour le succès de ton compte instagram, évaluent ton degré d’influence ou de célébrité, et name-droppent à mort pour voir si tu connais des gens qu’elles estiment, et donc si tu vaux le coup…”.

“Les femmes américaines cherchent à “tracker” la coolness. Elles te félicitent pour le succès de ton compte instagram, évaluent ton degré d’influence ou de célébrité, et name-droppent à mort”

Autre son de cloche à Berlin, où vit ma copine Elsa, :“On te demande rarement ce que tu fais, car il y a beaucoup d’artistes qui ont des petits jobs pour survivre”. Elle ajoute, agacée, : “Mais dernièrement, j’ai vu beaucoup de mecs poser avec leur blouse blanche et leur masque pour montrer qu’ils sont médecins”.

Comment savoir si votre crush est intéressé.e ?

La question peut paraître étrange, et pourtant, il est difficile de jauger, surtout par claviers interposés, si l’attirance est réciproque.“ Certaines de mes copines étrangères voient les hommes français comme des mansplainers. Une copine allemande m’expliquait même qu’à l’époque où elle vivait en France, elle trouvait que plus un français rabaissait une fille, plus il y avait de chances qu’elle lui plaise”, relate Lucie Azema.

Pour Maëlia, française mariée et installée à Londres depuis plusieurs années, le dating à l’Anglaise peut être dépaysant. “Les Anglais sont super mega timides et savoir s’ils sont intéressés prend 1000 ans. Le mec avec qui j’étais avant mon mari m’a embrassé au bout de 5 dates. Je croyais qu’on était juste potes à ce stade”, rigole-t-elle. 

“En Angleterre, c’est difficile pour les filles aussi. Je me souviens avoir couru dans la rue pour la rattraper. Tout est codifié, le consentement est hyper appuyé à chaque fois”, rebondit Alice Pfeiffer. 

Une réalité pas si éloignée de celle que vit Elsa en Allemagne. “Les Allemands n’ont pas du tout la culture du flirt, du coup c’est compliqué de savoir si tu leur plais. Pour eux, c’est à la fille de faire le premier pas. Le côté positif, c’est que tu ne te fais jamais emmerder dans les bars. Le négatif est que tu peux croiser ton voisin pendant 6 mois avant qu’il ne déclare son intérêt. Donc c’est toujours aux filles de faire le premier pas”. 

“Les Allemands n’ont pas du tout la culture du flirt, du coup c’est compliqué de savoir si tu leur plais. Pour eux, c’est à la fille de faire le premier pas.”

Lucie Azema : “J’ai aussi réalisé qu’en France, il y a un véritable code de conduite à respecter concernant le temps de réponse à un message qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs. En Inde ou en Iran, quand un garçon est intéressé tu peux lui écrire spontanément, il y répondra assez rapidement, même les premiers jours. Et ce n’est pas juste moi, toutes les filles européennes qui fréquentent des mecs en Iran ou en Turquie l’ont relevé”.

Peut-on vraiment rire de tout avec tout le monde ?

“Ça va les chevilles ?”, a sorti avec humour ma copine Emma à l’un de ses anciens crush. “Comment tu as su que j’avais des problèmes avec mes chevilles”, lui répond-il alors. Si en France, on aime se dire que l’humour est universel, il va sans dire que le dating à l’international aurait tendance à nous prouver le contraire. 

“Il faut éviter de faire des blagues sexuelles- c’est très français, on aime ce genre de blagues. Les anglais préfèrent rire de leurs soirées très arrosées – ce qui nous va aussi mais serait plus délicat avec des américaines par exemple”, réfléchit Alice. 

“J’ai un humour très français, ironique, sarcastique… Le second degré ne fonctionne pas trop en Allemagne. il faut rester littéral. Ça m’est déjà arrivé d’aller un peu trop loin et ça les a vraiment refroidi”, se souvient quant à elle Elsa.

“Il faut éviter de faire des blagues sexuelles- c’est très français, on aime ce genre de blagues. Les anglais préfèrent rire de leurs soirées très arrosées – ce qui nous va aussi mais serait plus délicat avec des américaines par exemple”

 

Est-ce qu’un (télé)dates est imaginé de la même manière par tout le monde ?

Il y a des tabous dans le dating français qui n’en sont pas ailleurs. “Aux US, c’est assumé de dire qu’on fréquente plusieurs personnes en même temps, ce qu’on évite totalement de faire en France, ça semblerait indélicat” évoque Alice. Elle ajoute : “En Afrique du Sud, la fille que j’ai rencontrée m’a demandé si j’étais déjà sortie avec des noires avant elle et combien. Elle se méfiait beaucoup des fétichistes”.

“En Allemagne, les gens aiment les “Möglichkeiten”, qu’on pourrait traduire par “possibilités”. Une tendance à ne vouloir se fermer aucune porte. J’ai des potes allemands qui achètent trois manteaux et les gardent pendant 2 semaines pour être sûre de garder le bon modèle. Ça se manifeste également dans le dating. D’abord, on est en couple ouvert, ensuite monogame… Mais je connais aussi des gens qui sont ensemble depuis 2 ans et qui ne se considèrent pas en couple”, explique Elsa. Les Allemands seraient il plus fluides que nous? 

“J’ai aussi remarqué que les mecs qui ne donnent aucune info sur leur famille et leurs origines cherchent souvent des relations uniquement sexuelles. À l’inverse, un garçon qui va évoquer sa vie personnelle, comme le travail des membres de sa famille, une conversation qu’on estime un peu basique en France voire chiante, c’est qu’il est intéressé pour quelque chose de plus”, retient Lucie Azema.

Je t’aime veut-il dire la même chose aux 4 coins du globe ?

En France, dire “Je t’aime” revient pratiquement à passer la bague au doigt. On évite de l’utiliser trop rapidement et surtout, on portera une rancune acerbe à celles et ceux qui l’utilisent à la légère. Mais ce n’est pas le cas partout dans le monde. 

“J’ai remarqué que chez les Iraniens, turcs ou libanais, le “je t’aime” intervient assez vite. C’est presque un marqueur pour dire qu’on est en couple. En France, ce serait une conversation après le rapport sexuel. Là-bas ça peut arriver avant le premier baiser et marquer le début du flirt”, rit Lucie Azema. Elle précise que cela ne signifie pas que la relation est installée contrairement au poids de l’expression en France.

Alice : “En France, les meufs te le disent au bout d’une semaine et elles te détestent la semaine d’après. Pluie de textos entre les Françaises. Ça devient ta meilleure amie très rapidement. Du côté des américaines et des britanniques le “je t’aime” est pris hyper au sérieux”.

Il n’y a donc pas de culture du dating idéale et on aurait tort de peindre un portrait tantôt positif ou tantôt négatif d’une culture par rapport à une autre. Et c’est sans doute ce qu’il faut retenir de ces conversations à bâtons rompus : évitons les clichés, intéressons-nous à nos différences et apprenons à nous montrer patient.e.s.  Et aussi merci, on a compris les blagues sur les pangolins mais vraiment pas nécessaires.