Cet article va peut-être vous sembler étonnant, à vous qui utilisez Tinder. Après tout, ce serait se mentir que de prétendre que les coups de cœur n’ont rien à voir avec un physique attrayant.

Mais personne ne peut nier l’intérêt que nous avons tous porté ces dernières semaines au concept de l’émission Love is Blind. Nous nous attachons à l’idée qu’il faudrait que notre match réunisse ce qui nous plait mentalement et physiquement, mais pouvons nous dépasser ces attentes ? Car il semble que nos goûts évoluent pas mal au cours de notre vie.

La vérité est que, depuis petites, on nous demande d’attendre le Prince Charmant qui comme son nom l’indique a une caractéristique essentielle : il est charmant soit beau garçon. Il plaît. Oui, mais est-ce bien suffisant ?

 

Il était une fois

 

À 6 ans, le garçon dont j’étais amoureuse était brun aux yeux verts et jusqu’au milieu de mon adolescence, telle était la réponse que je donnais aux gens lorsqu’ils m’interrogeaient sur mon type de garçon. C’est intéressant de voir à quel point on décide très tôt dans nos vies ce que l’on trouve beau ou pas. Nos parents ne sont pas pour rien dans ce qui attire notre regard et va dans la catégorie esthétique ou moche, mais autre chose rentre également en compte : nos propres expériences. Les modèles qui nous sont présentés à la télé, dans les livres… On forme notre regard à partir d’une norme souvent limitée.

 

À cet âge là, on veut seulement pouvoir dire à l’autre qu’il est beau et lui faire un bisou sur la joue, parfois lui tenir la main. Il y a un début d’objectification assez fou dans ces moments. Je le trouvais beau donc j’étais amoureuse. Point.

 

Huit ans plus tard, à 14 ans donc, c’est le même type de garçon qui m’intéresse. Je suis à l’âge où la personne avec laquelle on est vue compte. Sortir avec quelqu’un dit quelque chose de soi. Pourtant, loin d’être cœur d’artichaut, je préfère vivre mes amours en cachette. L’objet de mon désir depuis déjà quelques années à bien les yeux verts, ses cheveux tirent plutôt sur le blond, mais il a l’assurance des ados de cet âge. Et bien entendu, sans vouloir faire l’américaine, toutes les filles du collège le trouvaient canon. Je lui plais également. Facile, non ? Mais quelque chose m’arrête. Tout a l’air trop parfait. Et surtout, je ne suis pas certaine de vouloir être la petite amie de quelqu’un. Je ne suis pas à l’aise avec les changements que mon corps opère sans mon aval et qui pourtant poussent les garçons à s’intéresser à moi. Je réalise alors que je n’aime pas le statut que confère le fait d’avoir « un petit copain » et encore moins quand il s’agit du beau gosse du collège. Je n’aime pas l’idée d’être visible.

 

…dans un pays lointain…

 

J’ai 18 ans. C’est l’année du bac de Français, mais j’ai l’esprit préoccupé. Mon dernier coup de cœur de collégienne a dû déménager et le garçon que je convoite ne m’aimera jamais. Ils sont le jour et la nuit. Le premier est plutôt grand, blond et a les yeux bleus. Il tient un peu du « blond » moqué par Gad El Maleh dans son sketch et faire courir derrière lui une nuée de filles. Le second, lui, est plus petit, plus mince et a les yeux verts qui tirent vers le noisette. Il est très drôle, souvent un peu vache. Il a l’assurance du mec qui tient le monde au creux de ses mains. Cette année-là, je rencontre un garçon qui m’aime bien. Vraiment bien. On se voit, s’appelle, mais je ne me laisse pas la chance de le découvrir. Je déclare à l’époque qu’il est trop gentil et que donc ça ne me convient pas. Charmante.

J’ai 25 ans. C’est l’âge où le type de garçon que j’apprécie semble gravé dans le marbre. Mes amis décrivent alors le genre de garçons qui m’attirent comme grands, plutôt minces et plutôt blonds. Yeux clairs en option. Les fantasmes de l’enfance ont donc clairement tenu le coup. On rit sur le fait que mes crush se ressemblent et ont le profil « artistes ». Je souris à la description aujourd’hui encore repensant à la flopée d’amour lancée à la va-vite sur des apprentis acteurs, des musiciens, des peintres, des passionnés de cinéma que j’ai dans mon sillage. Pourtant, au fond, je me demande si c’est ça mon type de garçon. Notamment devant toutes ses relations vouées à l’échec autant pour l’instabilité des garçons que je choisis que par mon incapacité à savoir et à dire ce que je veux. Je tombe amoureuse depuis l’âge de 6 ans et pourtant, 21 ans plus tard, je suis toujours perdue. Les garçons dont je croise la route sont charmants, il va sans dire, mais est-ce que c’est ce que je veux ?

 

…une princesse….

 

« Faudrait mettre de côté les artistes indécis ». J’ai 31 ans et je suis sur What’s App avec mon groupe de copines. La conversation du jour a été déclenchée par la lecture de Love Rules, le livre de Joanna Coles, ancienne rédactrice-en-chef du Cosmopolitan US, qui compare l’amour à la nourriture. En gros, selon elle, on a trop tendance à se contenter de « mal-love » comme on le fait de « malbouffe ». E gros, on a tellement faim qu’on préfère s’arrêter au McDo alors qu’en fait on préférerait manger une burrata italienne avec de l’huile de truffe.

Dans son ouvrage, elle préconise de demander à nos proches la personne avec laquelle ils nous verraient être. J’en suis au point dans ma vie où je décris, non sans humour, les hommes que j’apprécie comme étant « sans cœur et sans fesses ». « Il te faut un mec qui soit ambitieux, intelligent et qui partage les mêmes valeurs que toi », commence ma copine E. Avant d’ajouter : « Après, je ne pense pas que ce soit le physique qui fasse qu’ils soient sans cœur  ». De son côté, ma copine E me dit : « Il te faut un mec hors du commun, qui n’a pas de routines, qui est hyper-cultivé. Un poète ». Avant que ma copine M ne conclue : « Il te faut avant tout un mec open-minded, qui accepte ta notion d’espace, cultivé, drôle, qui soit à la fois capable de bitcher devant Keeping Up With the Kardashian et de lancer des théories artistiques l’après-midi au Palais de Tokyo ».

J’ai beau avoir parlé de garçons avec mes copines une bonne partie de mon – nôtre – existence et pourtant, c’est la première fois que je prends le puzzle en regardant d’abord les pièces et pas le résultat final. J’ai passé 26 ans à la recherche du Prince Charmant alors que je voulais beaucoup plus qu’une paire de yeux clairs et un talent pour la guitare.

Un an après cette conversation – et après avoir laissé sur le bas-côté un amant italien pas cool – je rencontre un garçon. Il est grand, brun, a les yeux gris et à un nom de métier que je tairais ici mais qui a fait rire mes copines comme jamais sur des airs de « ça te ressemble bien ». Il a le regard doux et des gestes tendres et est totalement contraire à tout ce que j’ai connu jusqu’ici. L’histoire ne finit pas bien. Le garçon part. Je ne regrette pas pour autant d’avoir élargi mon horizon sentimental, notamment parce que j’ai réalisé que je cherchais beaucoup plus qu’un physique.

Depuis, la princesse que je ne suis pas y regarde à deux fois avant de swiper à gauche sur Tinder pour une histoire de photo.