En tant qu’activiste défenseure des victimes d’agressions, j’ai eu l’occasion d’écouter des victimes me faire part des détails les plus intimes de leur vie. Que ce soit lorsque je m’exprime devant des étudiants, lorsque je collabore avec la police de New York ou que je lis les actualités, je constate toujours à quel point le grand public en sait peu sur les agressions sexuelles et leurs effets dans la vie de tous les jours, en particulier sur les femmes. Il y a des choses que tout le monde devrait savoir sur ce type d’agression, nul besoin d’être une femme, blanche, hétéro ou une figure publique pour changer les choses.

Il y a certains messages importants que l’on doit garder en tête et diffuser autour de nous. Par le biais de l’éducation et des programmes de sensibilisation, nous avons le pouvoir de limiter le nombre de récidives et de donner les moyens aux victimes de se sentir bien dans leur corps à nouveau.

Sans nous perdre dans le jargon juridique, arrêtons-nous un instant et parlons-en ensemble. Quand quelqu’un se sent agressé, nous devrions tous avoir des remords. À chaque fois. Peu importe les détails, peu importe si l’agression était volontaire ou non, et peu importe qui en était l’auteur. C’est quelque chose de fondamental, dont on ne parle pas aujourd’hui. Il y a des choses que l’on peut faire pour contrôler nos propres vies et limiter la souffrance autour de nous. À vous de faire votre part.

1. On ne gâche pas le moment en vérifiant que les choses sont consenties.

Que quelqu’un se sente bien et à l’aise ne gâche en rien le moment. Et puis, demander à votre partenaire si elle en a vraiment envie peut être carrément sexy.

Vous avez toute une ribambelle de mots à votre disposition pour vérifier qu’il y a bien consentement mutuel. Si « tu as envie de faire l’amour ? » vous paraît trop formel, laissez parler votre imagination et soyez plus explicite. Je vous promets que ça peut pimenter les choses.

2. Aller plus loin parce qu’il y a « un bon feeling » ne veut rien dire.

Si vous pensiez que le langage corporel ou un feeling pouvaient passer pour une forme de consentement, eh bien, vous avez 50 % de chances de vous tromper — et beaucoup plus, si c’est la première fois entre vous.

Ne tentez pas une « attaque furtive » en espérant que votre partenaire dise quelque chose, cela n’en vaut jamais la peine. Vous ne gagnerez pas de points en vous retirant après qu’elle vous ait dit « non » et en acceptant de prendre votre temps. Vous avez déjà pris la décision pour vous deux, et il n’y a pas de machine arrière possible. Quelle que soit votre intention, cela peut être très traumatisant pour l’autre personne. Utilisez votre voix, pas votre corps pour vérifier que les choses sont consenties.

3. Il n’est jamais trop tard pour dire non.

Tout le monde peut décider, quel que soit le moment, qu’il/elle n’en a plus envie. Le sexe, ce n’est pas comme prendre l’avion : une fois que vous avez embarqué, vous pouvez descendre à n’importe quel moment avant la destination finale.

Savoir dire non et poser ses limites demande de la pratique — pour tout le monde. Le sexe est avant tout une histoire de communication, et quand vous avez compris ça, vous pouvez en apprendre plus sur votre partenaire, et sur vos propres limites.

4. Les agressions sexuelles affectent la communauté tout entière.

L’impact des violences se ressent à l’échelle de toute la société. Les agressions sexuelles entraînent un climat de peur, altèrent nos interactions avec les autres et posent la question de la sécurité. Quand quelqu’un subit un traumatisme, nous vivons tous ce traumatisme, bien que dans une moindre mesure.

Les dirigeants et universités devraient avoir la responsabilité d’entamer le processus de guérison, mais ça n’est pas toujours le cas. À la fac, de nombreux étudiants, hommes et femmes, continuent de voir leur agresseur tous les jours, tout en subissant du harcèlement et de l’intimidation. Pour guérir une communauté, il faut tout un village.

5. Un œil dessus sinon rien.

Que vous ayez payé 5 € pour une pinte ou 14 € pour un mojito, votre sécurité n’a pas de prix. Si vous ne pouvez pas garder l’œil sur votre verre, n’y touchez pas. Si vous pensez qu’il n’y a pas de drogues du viol sur votre campus ou dans votre quartier, n’oubliez pas que les agresseurs peuvent être aussi imaginatifs avec des médicaments sur ordonnance.

Parce que l’« union fait la force », demander à votre copine de garder un œil sur votre verre pendant que vous faites la queue aux toilettes semble peut-être la meilleure chose à faire. Mais n’oubliez pas que 45 % des agressions sexuelles sont commises par une connaissance, et que même votre meilleure amie peut lâcher votre verre des yeux l’espace d’un instant. Prenez votre verre avec vous partout où vous allez. Surtout que la file aux toilettes dure souvent un moment.

6. Ne minimisez pas les choses.

Vos amis ne sont pas psys, conseillers en charge de victimes, flics ni avocats, alors fiez-vous plutôt à votre instinct. Nous avons tous nos limites, et celles-ci peuvent être radicalement différentes de celles de nos amis les plus proches. Si vous avez vécu quelque chose et que vous vous êtes sentie agressée, traumatisée ou que vous avez l’impression que c’est allé trop loin, votre ressenti est la seule chose qui compte.

N’oubliez pas que nous avons tous nos propres limites, alors n’allez pas dire à quelqu’un (en face ou dans son dos) qu’elle exagère. Quelqu’un qui a des limites différentes des vôtres n’est en rien une menace pour vous. Car ce n’est pas de vous qu’il s’agit. Si vous n’avez rien à ajouter, taisez-vous.

7. Informez-vous.

Maintenant que l’on parle plus ouvertement des agressions sexuelles, dans les salles de classe comme au travail, il est essentiel d’en parler d’un point de vue éclairé sur la question, pour éviter les doubles traumatismes. Tenez compte des personnes présentes dans la salle, et des absents. Exprimez-vous avec empathie, sans juger. Seuls 6 % des agresseurs finiront en prison, alors oui, quand beaucoup de femmes parlent de violences sexuelles, on voit apparaître de la colère. De la peur. De la rancœur.

Plutôt que de jouer l’avocat du diable en élaborant des scénarios très précis pour trouver des failles potentielles, n’oublions pas que, sur les 20 dernières années, les fausses allégations sur des agressions sexuelles sont peu nombreuses, entre 2 et 10 pour cent, et que ce chiffre n’est qu’une estimation. Comme le souligne CNN, les études sur ces taux sont fréquemment exagérées car ce qui constitue une agression sexuelle n’est pas toujours très clair partout.

8. Les agressions sexuelles ne connaissent pas la discrimination.

Les agressions sexuelles ne concernent pas forcément les femmes, blanches, riches et minces. Le mouvement #Metoo a certes mis au jour des événements qui auraient dû l’être depuis longtemps, mais une autre réalité existe. Des questions sur la sécurité, le sentiment de honte, et simplement le fait de ne pas ressembler aux images que nous voyons tous les jours, tout cela affecte certaines victimes qui ne se retrouvent pas forcément dans le mouvement #Metoo — et n’ont pas accès à certains services.

Laissez-moi vous donner quelques chiffres : les victimes immigrées sont parmi les plus vulnérables et les moins enclines à signaler une agression par peur d’être placées en détention ou déportées. D’après l’étude National Intimate Partner and Sexual Violence du CDC (Centre américain de contrôle des maladies) réalisée en 2010, 22 % des femmes noires américaines ont été violées à un moment de leur vie. Les femmes transgenres sont trois fois plus susceptibles d’avoir subi des violences sexuelles, d’après un rapport annuel récent de National Coalition of Anti-Violence Projects (un organisme new-yorkais de défense des communautés LGBTQ). Le viol n’a rien à voir avec l’attirance, c’est une question de pouvoir. Vous voulez savoir qui sont les victimes ? Regardez autour de vous — nous sommes partout.

Si vous êtes ou avez été victime de violences sexuelles et si vous avez besoin de soutien, appelez le numéro d’urgence pour les violences sexuelles RAINN au 1-800-656-HOPE (4673).