Voyager en solo est de plus en plus à la mode — il suffit d’ouvrir Instagram pour trouver des millions, oui, des millions de magnifiques photos d’influenceurs qui réalisent le tour du monde de vos rêves les plus fous. Mais ça n’a pas toujours été ainsi. Il n’y a pas si longtemps, les voyageurs solitaires n’étaient pas vus d’un très bon œil et ils étaient même en quelque sorte méprisés. Et plus particulièrement les femmes, qui composent aujourd’hui la grande majorité des voyageurs solos. Des situations qui existent encore certes, mais qui sont devenues de plus en plus rares.

On s’est posé la question : la popularité des voyages en solo est-elle le signe d’un changement culturel dans notre vision du célibat ? Le fait que davantage de femmes partent seules à l’étranger contribue-t-il à modifier les perceptions ? Ou est-ce plutôt l’inverse, et la visibilité de la femme célibataire et indépendante a rendu l’expérience des voyages en solo plus facile à assumer et plus courante.

Une chose est sûre : le voyage en solitaire, déjà très tendance, ne cesse de gagner en popularité. Une étude menée en 2017 par Resonance Consultancy, auprès de 1 548 voyageurs de la génération Y, a montré que 25 % d’entre eux prévoyait de voyager seul dans les deux prochaines années. Et une analyse Google Trends montre que l’intérêt pour le voyage en solo a doublé rien que sur les deux dernières années, à la fois en Amérique du Nord mais aussi partout dans le monde. Les recherches autour devoyage femme seule ont augmenté de plus de 50 % entre 2016 et 2017. Ce n’est peut-être pas surprenant, mais les millennials représentent la majorité des voyageurs solos. D’après uneétudeVisa Global Travel, 52 % des voyageurs solos sont âgés entre 18 et 35 ans.

Il est possible que les femmes aient de plus en plus envie de voyager seules pour être sûr d’avoir les vacances qu’elles ont choisies. Selon l’enquête mentionnée plus haut, les femmes ont tendance à être à la fois plus aventurières et plus à l’aise quand elles sont seules que les hommes. Passer des vacances seules leur permet de pouvoir se nourrir de street food et de se lancer dans une grande randonnée si elles en ont envie, sans avoir à faire de compromis.

Autre élément qui contribue à cette tendance : les femmes qui voyagent seules sont de moins en moins jugées dans les pays étrangers. Quand Amber Blecker, directrice des ventes et des stratégies produits pour SmartCruiser.com et Palm Coast Travel, a commencé à voyager seule il y a 15 ans, au cours de ses escapades dans les pays européens, les autres voyageurs avaient souvent pitié d’elle et lui demandaient pourquoi elle ne voyageait pas plutôt avec un/une ami(e) ou petit ami. Aujourd’hui, on lui pose très rarement la question, même dans les pays réputés pour avoir une culture plus traditionnelle ou dominés par les hommes.

Et la stigmatisation du célibat — et par conséquent, le fait de voyager seule — après 25 ans s’est estompée. Adam Tichauer, fondateur de Camp No Counselors, qui propose des camps de vacances pour adultes, explique que près de 15 % de ses campeurs âgés de 25 à 35 ans viennent seuls. « Je pense que voyager seul à un âge avancé est de plus en plus dans la norme, » explique Tichauer, dont l’intuition est confirmée par des données. « Pour les Millennials, […] faire des activités tout seul ne pose pas de problème, [et ne pas] avoir absolument besoin de se marier à quelqu’un ou d’être lié à un groupe de personnes est perçu comme une force et comme quelque chose de cool. »

Ce facteur de cool attitude est directement lié au fait que cette perception qui consistait à dire — et plus particulièrement chez les femmes — qu’on ne peut envisager d’être à la fois célibataire et heureux, est devenue complètement archaïque. Cepee Tabibian, fondatrice de She Hit Refresh, une communauté de voyageuses de plus de 30 ans, observe que l’augmentation du nombre de femmes qui voyagent seules montre que de plus en plus de personnes ne définissent pas leur succès, leur bien-être et leur bonheur à leur statut relationnel. « Cela prouve qu’elles assument parfaitement leur choix, d’avoir opté pour une voie prétendument non-conventionnelle, pour explorer et vivre leurs vacances en solo, » dit Tabibian. Pour elle, cette légère hausse montre aussi que notre culture peut véhiculer l’idée que le monde est un endroit dangereux pour les femmes. Plus encore, ce changement d’attitude montre que de plus en plus de gens considèrent que les femmes sont capables de s’occuper d’elles-mêmes, dit-elle.

Il convient par ailleurs de noter, bien sûr, que le voyage en solo ne va pas forcément de pair avec le célibat. En réalité, une étude a montré que 60 % des voyageurs solos sont mariés ou en couple. Mais le message reste le même : quel que soit le type de relations, vous n’avez pas besoin de quelqu’un pour vous accompagner dans vos aventures pour vous faire plaisir.

Les réseaux sociaux viennent confirmer ces faits. Nous sommes nombreux à puiser nos inspirations de voyage sur Instagram, et dans certains cas, à planifier nos visites pour certains sites spécifiques, nos envies de restaurants à découvrir, d’excursions à programmer. Et nos comportements ne sont plus seulement influencés par nos amis proches — mais par le monde entier. Des Instagrammers comme The Blonde Abroad, Gloria Atanmo, Christine Kaaloa, et Brooke Saward font la promotion des voyages en solo dans leur fil d’actualités, et en donnent bien sûr une perception idyllique. Au lieu d’être jugées pour voyager seules, elles inspirent le respect — et gagnent des followers — pour leur détermination à rechercher l’aventure comme elles l’entendent.

« [Le voyage en solo] oblige les gens à sortir de leur zone de confort et à se dépasser », explique Stephanie Rodriguez, fondatrice de JOZU for Women, une plateforme conçue pour aider les femmes à voyager seules, simplement et en toute sécurité.

C’est la recette parfaite de l’aventure qui va changer votre vie.