Messieurs, si vous lisez ceci, sachez que vous êtes sur la bonne voie. De nombreux hommes qui ont besoin de ces informations ne se donneront pas la peine de cliquer sur cet article. Je vous félicite donc pour votre volonté d’apprendre.

De manière générale, il y a toujours à apprendre ou à revoir en matière de respect des autres. Il est aujourd’hui plus pertinent que jamais d’évoquer ce sujet sur les plateformes publiques et entre nous, en particulier si la personne avec laquelle vous parlez ou dont vous parlez est moins privilégiée que vous. Il existe en effet une « pyramide des privilèges » au sommet de laquelle se trouvent les hommes blancs cisgenres hétérosexuels. Ensuite, on trouve tous les autres, plus ou moins bien placés selon la minorité à laquelle ils appartiennent. Par exemple, les femmes blanches cisgenres hétérosexuelles se trouvent juste sous le sommet de la pyramide. Bien entendu, elles sont confrontées à des difficultés qui leur sont propres, notamment la misogynie, mais il n’est pas juste de comparer ces expériences à celles d’une femme de couleur, d’une femme queer ou d’une femme queer de couleur. Bref, vous voyez l’idée.

Ceci étant dit, mieux vous êtes placé dans la pyramide des privilèges, plus vous devez être informé et respectueux dans vos interactions avec les autres de manière générale, mais encore plus en matière amoureuse. Il n’y a rien de pire que d’être assise en face d’un homme qui ne comprend absolument rien de chez rien. Sachez que nous voyons venir ce type de profil à des kilomètres. De nombreuses femmes et personnes s’identifiant comme femmes sont confrontées à des microagressions tout au long de la journée. La dernière chose dont nous avons envie est qu’un rencard prometteur se transforme en un énième désastre. Proposez au minimum une ambiance sûre et agréable : nous apprécierons.

Pour autant, la galanterie n’est pas malvenue. Nous sommes même nombreuses à aimer que l’on nous tienne la porte de temps à autre. Les petites attentions un peu rétro, comme marcher du côté rue du trottoir, sont même carrément adorables. Pour être honnête, ces petites attentions paraissent parfois être le minimum pour compenser les horreurs que nous affrontons au quotidien, qu’il s’agisse du mansplaining, des écarts de salaire injustifiés, des sifflements dans la rue ou de l’envahissement de notre espace personnel. Je m’arrête là, mais sachez que je pourrais continuer des heures. Il est important de savoir quels comportements sont appropriés et lesquels ne le sont pas. Sans transition, voici sept conseils pour proposer un rencard respectueux, dispensés directement par une personne concernée.

1. Écoutez (pour comprendre et non pour répondre)

Vous savez quoi ? Tout ne tourne pas autour de vous. Avec tout ce que nous subissons au quotidien en tant que femmes ou personnes s’identifiant en tant que femmes, nous méritons d’avoir la paix. Pour nous offrir ce cadeau, vous pouvez prendre la peine de nous écouter, ce qui arrive rarement alors même que cela devrait être normal. « J’ai remarqué que lorsque j’aborde des sujets pas forcément agréables ou classiques lors d’un rencard, les hommes préfèrent réfléchir à leur réponse plutôt qu’écouter activement. Cela amène souvent à se répéter, ce que je trouve assez agaçant », explique Julie, responsable et propriétaire d’un bar à Oakland, en Californie. « Laissez-nous parler des sujets qui sont peut-être très difficiles ou importants pour nous sans faire en sorte que la conversation finisse par tourner autour de vous. » 

Morale de l’histoire ? Si nous disons non à quoi que ce soit (que ce soit de manière verbale ou non), la seule réponse acceptable est « pas de problème ».

2. N’attendez rien

Pour le dire clairement, les femmes ne vous doivent rien. Il faut être très clair là-dessus. Le simple fait que vous payiez les consommations ne signifie pas que nous allons rentrer avec vous. Joanna, une responsable de bar et actrice de New York suggère de « choisir un quartier à mi-chemin de vos domiciles respectifs pour que votre rencard ne parte pas du principe que vous allez finir chez l’un ou l’autre. »

Jordan, une professionnelle des spiritueux elle aussi basée à New York, va dans le même sens :« ne partez pas du principe que nous allons poursuivre la soirée ailleurs. Je veux bien que vous payiez le taxi pour que je puisse rentrer, mais cela ne signifie pas que vous avez le droit de le partager avec moi. »

Morale de l’histoire ? Si nous disons non à quoi que ce soit (que ce soit de manière verbale ou non), la seule réponse acceptable est « pas de problème ».

3. Pensez aux déclencheurs potentiels

« Soyez conscients du fait que les femmes considèrent par défaut les hommes comme des prédateurs », explique Joanna. Votre seule présence peut être une information que votre rencard a besoin de digérer avant de sortir vous rencontrer ou lorsqu’elle est assise à côté ou en face de vous. De nos jours, nous sommes sur le qui-vive pour de nombreuses raisons, toutes plus évidentes les unes que les autres. Il est donc impératif que vous prêtiez attention aux déclencheurs émotionnels. Cela inclut notamment les agressions sexuelles (cas abordés dans les médias ou autres), la violence par arme à feu, la mort ou les traumas quels qu’ils soient. De manière générale, évitez tous les sujets un peu sombres, sauf si c’est votre rencard qui les aborde en premier.

5. Sachez ce que vous voulez et évitez de jouer un rôle

Vous jouez un rôle ? Il y a de grandes chances que oui, même si vous ne vous en rendez pas compte. Par « jouer un rôle », j’entends montrer votre soutien aux causes sociales et votre opposition à toutes les formes d’oppression sans pour autant agir en ce sens.

Il est très facile pour nous de nous en rendre compte. C’est quelque chose de vraiment désagréable, et même d’insultant. « J’adorerais que les hommes (cisgenres et hétérosexuels, car ce sont ceux qui m’intéressent, ceux avec lesquels j’ai de l’expérience et les plus fréquents auteurs de comportements détestables pendant des rencards) ne jouent pas un rôle en prétendant être totalement d’accord avec mes opinions politiques », explique Natasha*, professionnelle en recherche et analyse basée à New York. Elle a constaté que les hommes utilisent souvent cette stratégie « pour coucher et ne révèlent leur véritable visage que par la suite ». Morale de l’histoire ? Soyez un défenseur de la justice sociale, mais si vous ne l’êtes pas, ne gaspillez pas votre énergie à faire semblant de l’être et essayez plutôt de devenir un homme meilleur.

5. Reconnaissez et réduisez l’effort émotionnel

Natasha* explique rêver d’un monde dans lequel « les hommes, en particulier blancs, comprennent la difficulté et l’effort émotionnels qu’imposent de leur expliquer pourquoi moi et surtout les personnes plus vulnérables que moi, méritons des droits civiques. »

N’oubliez jamais que chaque conversation que nous avons sur le sujet de la misogynie, des microagressions ou des expériences d’oppressions que nous avons pu vivre nous impose un véritable effort émotionnel. Bien évidemment, cet effort n’est pas rémunéré, alors essayez de limiter ce type de conversation avec des femmes. Évitez les sujets susceptibles de déclencher ces conversations (voir le point n° 3), ne reportez pas vos problèmes sur nous à moins que ce soit pertinent dans la conversation (ou qu’on vous le demande). Et ne soyez pas misogyne, entre autres.

Natasha* résume : « Ce qui n’est qu’un débat [pour les hommes] est notre vie. Et il n’y a rien de plus choquant que de s’efforcer de garder son calme dans une discussion ou l’une des parties est investie émotionnellement et l’autre la nargue. »

6. Prêtez attention au langage corporel

« Les hommes ont tendance à ne pas prêter attention au langage corporel [mais] quand je ne souhaite pas d’attention ou être touchée, c’est ainsi que je l’exprime », explique Julie. Les signes sont plus ou moins subtils. « Je peux détourner mon corps ou croiser les bras devant moi. En tant que femmes, je pense que nous avons tendance à nous faire plus petites lorsque nous sommes mal à l’aise avec un homme. Cherchez ces signes et faites-vous moins présent en essayant de nous redonner la main. Demandez ce que nous souhaitons faire ou ne pas faire et permettez-nous de mettre un terme à la soirée. »

Ces indices ne remplacent en aucun cas un consentement assuré, mais ils sont utiles pour mieux évaluer la situation et éviter de manquer de respect à votre rencard.

7. Ne soyez pas misogyne

Pour conclure, penchons-nous rapidement sur le thème global de cette liste : devenez quelqu’un de meilleur de manière générale, mais encore plus envers les minorités (nous parlons principalement des personnes s’identifiant en tant que femmes dans cet article, mais il est important de faire des efforts pour toutes les minorités). Pour cela, il est nécessaire de faire preuve d’introspection si vous savez avoir des tendances au sexisme ou à l’intolérance. Ces sentiments sont peut-être ancrés profondément en vous, mais prenez le temps de les analyser. Ne vous y trompez pas, ils ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Informez-vous et réfléchissez. En théorie, plus vous aurez conscience de ces sentiments, plus vous limiterez les microagressions.

*Le nom a été changé.