La Scandinavie compte quelques-uns des pays les plus progressistes au monde (le Danemark, la Suède, la Norvège et, selon les avis, l’Islande et la Finlande), et chacun d’eux apparaît régulièrement en haut de la liste des pays où il fait bon vivre en tant que femme, en ce qui concerne l’égalité homme/femme, et parce qu’on y vit, en général, plutôt heureux. Cette qualité de vie repose principalement sur la culture égalitaire et un système de protection sociale très performant, qui accorde une même priorité au bien-être personnel et à la sécurité financière. Ce mode de fonctionnement s’inscrit dans tous les aspects du quotidien, et notamment dans les relations intimes.

Il en résulte une dynamique homme-femme ancrée dans le respect mutuel et l’autonomie, créant ainsi un environnement dans lequel la sexualité est libre et résolument pro-femme. Lemarc Thomas, président et cofondateur d’une agence de rencontre basée à Stockholm, a travaillé avec des clients originaires de New York, Tokyo ou Copenhague. En ce qui concerne les rencontres amoureuses, son expérience semble confirmer cette particularité scandinave dans le monde occidental.

« L’égalité, l’indépendance et l’épanouissement personnel sont profondément ancrés dans la culture scandinave » explique-t-il. « Il n’existe pas de règles en matière de rencontre. Les seules règles sont liées à vos valeurs personnelles. »

Pas de règle certes, mais des thématiques communes. Que vous ayez prévu de voyager en Scandinavie (auquel cas, prévoyez une petite place pour nous dans votre valise) ou que vous ayez décidé de faire des rencontres dans votre propre pays, rien ne vous empêche d’adopter ces principes pendant vos rendez-vous galants.

La galanterie est morte. Vive l’égalité.

Chez les hommes hétérosexuels cisgenres, et plus particulièrement ceux appartenant aux générations Y et Z, les gestes de galanterie — à savoir commander les boissons au bar, faire passer les femmes d’abord ou raccompagner une femme en bas de chez elle — se font rares, et s’il leur arrive encore parfois d’y recourir, c’est souvent davantage lié au simple désir d’être agréable qu’à une pression sociale ou protocolaire.

« Les convenances sont motivées par la gentillesse. Ouvrir la porte,payer l’addition — l’objectif est surtout de se montrer attentionné. Notre conseil, c’est de ne suivre aucune règle, l’essentiel étant de rester fidèle à ses valeurs et d’agir avec bienveillance, » dit Thomas.

Marina Iakov, productrice vidéo et fondatrice de Dating Beyond Borders, est sortie avec des hommes danois et islandais. Elle raconte que les hommes ont proposé de payer l’addition, mais seulement lors du premier rendez-vous. « S’ils savent que vous êtes étrangère, il se peut qu’ils proposent de régler l’addition parce qu’ils pensent que c’est ce à quoi vous vous attendez, mais en règle générale, les femmes paient leur part » explique-t-elle. « J’ai discuté avec une femme à ce sujet et elle m’a dit : ” Laisser une femme payer est un signe de virilité, car cela montre que l’homme vous considère comme son égal. ” »

Les meilleurs premiers rendez-vous sont les plus simples

« La simple idée de sortir dîner avec un inconnu est très embarrassante. » Il y a deux ans, j’ai entendu une femme dire cela dans un bar à Copenhague. Comment est-ce possible dans une ville où tous les restaurants sont éclairés à la bougie et à la lueur d’une cheminée, et offrent une atmosphère ultra-cosy ? Est-ce que j’ai mal compris cette notion d’embarras ? Était-ce un mot qui ne se traduit pas en français ? Ou est-ce qu’elle parlait d’un côté sombre du hygge, un concept danois survendu dans les magazines déco et bien-être américains ?

La réponse la plus probable ? Tout simplement un certain esprit de réserve scandinave. Car sans aller jusqu’à qualifier un premier rendez-vous d’« embarrassant », peu sont prêts à opter pour un tête-à-tête prolongé autour d’un long repas à partager avec un inconnu (ou presque) — et encore moins à l’occasion d’un premier rendez-vous.

Les moins de 30 ans se retrouvent dans les bars ou les clubs, entourés d’amis pour boire un verre, pour dédramatiser l’affaire. Mais tant qu’il y aura des applications de rencontre, il y aura des premiers rendez-vous — car après tout, de nombreux célibataires veulent élargir leurs perspectives. Et une fois que deux personnes ont décidé de tester leur connexion en direct et en personne, elles le font le plus souvent autour d’un café, de préférence en extérieur.

« Ce qui se fait beaucoup actuellement, c’est de se retrouver pour une promenade dans la nature en savourant un délicieux café — dans un grand parc, dans la forêt ou au bord de l’eau » explique Mikaela Berg, suédoise et coach rencontre travaillant avec Thomas. « Le rendez-vous peut ensuite se poursuivre autour d’un brunch ou d’un fika — un genre de goûter à la suédoise. »

Séduire n’est pas un jeu — les allusions sont proscrites.

Lors des rendez-vous à l’américaine, la maîtrise de l’allusion est une compétence essentielle. C’est ainsi que l’on séduit. Et cette pratique est devenue tellement incontournable dans le contexte d’une rencontre qu’on pourrait presque dire qu’elle est ancrée dans notre ADN.

Au contraire, en Scandinavie, ce qui nous apparaît comme un art subtil du sous-entendu n’existe quasiment pas. Ici, la franchise et l’honnêteté sont reines. La communication directe est si profondément ancrée dans la culture scandinave que, comme l’explique Iakov, des Islandaises peuvent, le plus simplement du monde, aborder une personne qui leur plaît et lui proposer une relation sexuelle.

Ce dernier exemple est peut-être un peu extrême, mais ce qui est sûr, c’est que la séduction n’est pas un jeu. On lui préfère la franchise. Savoir ce que l’on veut et le faire savoir : voici les clés du bonheur. « Ce qui est beau dans la culture scandinave, c’est qu’elle valorise l’indépendance et l’épanouissement personnel, » dit Thomas. « Vous devez avant tout savoir ce qui est bon pour vous, agir en toute confiance dans ce cadre et accepter le fait que certaines personnes apprécient et d’autres non. »

En fait, d’après Thomas, les seules règles non négociables sont les règles de base de tolérance et de respect. Il s’agit finalement d’arriver à l’heure, de laisser ses préjugés sexistes au placard et d’éviter l’humour graveleux. « [Les Scandinaves] sont très tolérants, mais ils n’acceptent pas les comportements qui pourraient aller à l’encontre des droits pour lesquels nous avons lutté — comme l’égalité, par exemple — alors les blagues racistes, gay ou sexistes— vous pouvez oublier. »